Depuis longtemps, l’envie faire des « traductions affectives » me trottait dans la tête.

 

Je m’interroge souvent sur ce que je comprends d’une chanson écrite dans une langue qui m’est étrangère,

avec toujours la sensation d’y entendre bien des choses.

Souvent, s’ajoute à l’écoute émotionnelle, un tissage de sens fait de bribes de compréhension.

Il me semble que c’est une façon d’appréhender la musique que nous pratiquons tous malgré nous.

 

C’est à partir de ce canevas que j’ai décidé de travailler autour de la musique brésilienne avec laquelle je n’ai aucune affinité culturelle mais beaucoup d’affinités sensibles.

Dans ma pratique de musicienne, j’ai souvent travaillé la reprise, j’ai toujours eu beaucoup de plaisir à m’approprier des chansons qui ne sont pas les miennes, à les absorber.

 

Pour ce projet j’ai eu envie de pousser cette notion « d’absorption sensible » en travaillant sur la traduction de chansons brésiliennes sans l’aide de dictionnaires ou de traducteurs.

En me laissant guider par les évocations, les sensations pour construire un univers musical singulier.

La mise en musique et les arrangements suivront aussi cette idée d’appropriation en travaillant le répertoire avec ce que sont les musiciens qui m’accompagnent, avec ce que leur évoque cette musique plutôt que de travailler « à la manière de ».

 

Ce travail de traduction affective, ou instinctive, m’a permis d’inviter l’absurde et le jeu dans mes chansons, m’a emmené vers des univers qui ne sont habituellement pas les miens, a mélangé ma culture à celle du Brésil que je découvre avec

bonheur.

 

Pour nommer ce travail, j’ai gardé le mot «Bodoque» emprunté à une chanson de Chico Buarque .

C’est le seul mot qui, lors de la traduction, ne m’évoquait rien de précis.

C’est le seul mot que j’ai cherché dans le dictionnaire.

Mais c’est finalement le seul mot que j’ai gardé dans une chanson dans sa langue d’origine.

 

Angela Flahault


Ronan Yvon, Angela Flahault et Amélie Denarié
Ronan Yvon, Angela Flahault et Amélie Denarié